Interview avec Tanguy Nef

Jan 18, 2021

Tanguy Nef :

  • Né le 19 novembre 1996 à Genève, 24 ans
  • Membre du SAS Genève depuis 2017
  • Étudiant en informatique et économie au Dartmouth College, New Hampshire, États-Unis
  • Cadre A de Swiss-Ski
  • 5x Top 10 en slalom spécial, coupe du monde
  • Son fan club
  • Son site web


Interview du 14 janvier 2021 avec Tanguy Nef (SAS GE), réalisée par Miro Vuille (SAS FR, ComCom)

 

Cette saison, tu as terminé 3 fois avec des points « coupe du monde » sur 4 courses de slalom spécial, par 2 fois tu as également été dans le top 10 et le week-end dernier, tu n'étais qu'à 8 centièmes du podium. Chapeau ! Comment as-tu fait pour livrer de tels résultats ?

Merci ! Donc, c’est ma 3ème saison en coupe du monde, 3ème fois à Adelboden et je commence à m’y habituer. Je fais des progrès techniques, mais aussi au niveau mental.
L’objectif cette année était d’être constant au niveau des résultats. Les années passées j’ai fait quelques exploits, mais aussi des résultats moins satisfaisants. Maintenant, avec des années de travail et en sachant que j’arrive à accomplir ces exploits, j’arrive à de résultats très positifs et cela me donne de la confiance pour la suite.
Le slalom spécial est une discipline qui est comme une danse, qui doit durer du début à la fin, toujours avec la même intensité. C’est comme ça que j’ai approché cette saison et ça a porté ses fruits.

A Adelboden, tes skis se sont croisés très brièvement - un moment de choc pour nous derrière la télé ! Qu'est-ce qui te passe par la tête lors d’un moment comme ça ?

Dans un tel moment, je réalise, mais j’ai quand-même moins d’informations que vous derrière la télé. Les gens qui regardent connaissent mon temps intermédiaire et du coup savent si j’ai de l’avance ou pas. Quand je suis parti, mon sentiment était bon, ensuite j’ai réalisé ma faute mais m’en suis tout de suite remis.
Quand j’arrivais en bas j’ai vu que j’étais 3ème et j’ai pensé, « pas trop mal ». Mais après j’ai vu 9 centièmes et me suis dit « oh non ». J’ai su que c’était lors de ce moment critique que j’avais perdu les 9 centièmes. C’est dommage, mais c’est aussi une expérience gagnée. Je suis encore jeune et apprends tous les jours.

Où es-tu en ce moment ? Car dans deux jours aura lieu ta prochaine course, non pas comme prévu à Wengen et pas non plus à Kitzbühel comme annoncé, mais à Flachau. Comment gères-tu ces changements de dernière minute et qu'est-ce que cela signifie pour ta préparation ?

Pour l’instant je suis en Italie à Pozza di Fassa. C’est clair que c’est un peu dommage avec les changements. On a perdu deux grandes courses classiques, mais aussi des courses techniques où j’avais fait des bonnes manches dans le passé. Pour finir je suis simplement content qu’on puisse faire deux courses à Flachau.
Ensuite, il est important de rester calme. On est venu s’entrainer en Italie à Pozza di Fassa pour préparer les courses. Je reste positif et suis content rien que de pouvoir m’entrainer. 
Mais il est évident qu’il faut adapter son style d’entrainement. A Wengen et Kitzbühel, la piste est dure, gelée et raide. Flachau c’est plus plat. Maintenant à Pozza di Fassa, la piste est plate, après raide et après de nouveau plat. Donc pour Flachau c’est une bonne préparation. 

Retour au début de ta jeune carrière. Tu es né en 1996 à Genève. Où as-tu fait tes premiers virages à ski ?

Ça a commencé à Thyon 2000, quand j’avais deux ans. À partir de 3-4 ans, on partait chaque hiver à la Tzoumaz. C’est ma Maman qui m’a mis sur les skis. Et depuis, ça a continué. Dans ma famille, on skie beaucoup pour le plaisir. Mon père est instructeur de ski, mais au début il faisait du snowboard et il voulait également qu’on en fasse et non pas du ski. 
C’est seulement plus tard que mon intérêt pour la compétition s’est éveillé grâce à mes frères et sœurs (qui sont d’ailleurs toujours ma source d’inspiration). Pour tout avouer, c’était surtout leurs vestes du ski club local qui me donnaient envie. 

Et maintenant tu étudies l'informatique et l’économie au Dartmouth College à New Hampshire aux États-Unis. As-tu des conseils pour les autres SASlers qui veulent combiner le ski et les études ?

Mon chemin m’a amené aux États-Unis parce que je voulais faire de la compétition de ski à haut niveau et continuer les études dans un cursus normal. Aux États-Unis le système correspond parfaitement à ce dont je cherchais. L’idée était d’aller là-bas, de faire des résultats sur les courses internationales et d’ensuite revenir en Suisse. Mais c’est vrai que c’était un peu à contre cœur que je suis parti de la Suisse. Toutefois, l’offre pour les sportifs en Suisse était moins bonne. En Suisse, il y avait l’option d’uni distance mais l’ambiance de campus, que j’avais déjà vécu à Brig, m’aurait énormément manqué. Je voulais absolument vivre là où j’étudiais. Puis, il y avait l’option d’aller à l’EPFL et faire les études à 50%, mais cela me paraissait bien trop long pour finir mes études. À la fin j’ai saisi l’opportunité pour aller aux États-Unis, en sachant que je pouvais rentrer à la maison si ça ne me plaisait pas.

Depuis 2017, tu es membre du SAS dans la section de Genève. De quelle manière le SAS a-t-il pu t’aider à démarrer ta carrière ?

Tout d’abord je remercie mon frère Laszlo qui, en tant que membre, m’a introduit au SAS. Et je remercie la section Genève, qui était d’accord de m’accepter, même si je n’étais pas un étudiant en Suisse. Pour moi c’est génial d’avoir ce réseau en Suisse. J’ai eu mon expérience aux États-Unis, j’ai mes amis de Brig, mais à part de ça, je ne connais pas beaucoup d'étudiants en Suisse. Je viens toujours avec un énorme plaisir aux événements du SAS. J’ai déjà pu aller à l’intersection, l’Opening, les Anglo-Swiss et plusieurs stamm. J’y retrouve toujours l’esprit et les valeurs du SAS, des valeurs que j’essaye aussi d’amener dans mon quotidien.
Ce qui m’a aidé était aussi le soutien financier du SAS lors de ma recherche de sponsor. C’est là où le SAS et quelques membres m’ont soutenu. J’étais dans une phase un peu compliquée, où je n’étais pas encore reconnu sur la scène mondiale mais pas non plus un débutant. Durant cette période, j’ai pu compter sur le SAS, ce qui était très important pour moi. J’essaye donc toujours de donner beaucoup au SAS. Même si je ne suis plus sponsorisé par le club pour le logo sur le casque, je skie toujours pour les couleurs du SAS. Mon engagement pour le SAS a même motivé certains de mes coéquipiers à nous rejoindre ces dernières années.

Le 20 novembre 2018, tu as participé pour la première fois à la Coupe du monde et tu as décroché la 11e place, ça n’aurait pas pu mieux se passer ! Qu'est-ce qui a le plus changé pour toi depuis lors ?

Le jour-même je me suis rendu compte que j’allais pouvoir faire du ski encore pendant longtemps et que j’allais pouvoir performer en coupe du monde. Mais c’est surtout dans la tête qu’il y a eu grand changement. Avant, j’étais un étudiant aux États-Unis, un skieur qui faisait des bons résultats locaux aux États-Unis. Mon but était de bien performer à la coupe du monde à Levi, mais manque de chance, je m’étais blessé 6 semaines avant. J’étais d’ailleurs venu à l’intersection en béquilles. Cela a compromis mon entrainement, et au lieu de me mettre trop de pression lors de la course je me suis dit « profite » ! Les conditions jouaient en ma faveur et le ski m’est venu naturellement. J’ai fait un bon résultat. C’est là que j’ai réalisé que mes années aux États-Unis et d’entrainement commençaient à porter leurs fruits.

Dans une interview avec Loïc Meillard (dans sa série de Podcast : Behind an alpine skier), j'ai entendu que ton père t'avait dit : quand il y a un jour de poudreuse, on ne s'entraîne pas, on skie dans la poudreuse. Il semble donc que le plaisir ait toujours fait partie de ta vie. Est-ce toujours le cas maintenant ?

Absolument, encore plus qu’avant. C’était un peu un dicton familial ce que mon père avait dit. On profite encore beaucoup d’aller skier en famille ou autre pour le plaisir. Maintenant comme je skie au niveau professionnel, le plaisir est devenu encore plus prépondérant. Quand je suis au départ, je ne pense pas à grand-chose, juste à me faire plaisir. Mais j’ai aussi vraiment cette passion du ski et de faire le mieux que je peux faire. Et tout va ensemble : être dehors, de glisser sur la neige, la vitesse, les piquets, le contact, la stratégie. Mais c’est clair que s’il y a une journée de poudre, ou si c’est pour faire du snowboard, ou du kite, je n’hésite pas à y aller. Peut-être est-ce parce que je suis encore jeune mais le plaisir pour moi c’est très très important.

Quel est ton événement de ski préféré jusqu'à présent ? (Événement SAS donc ;))

J’ai adoré l’ambiance de l’intersection mais je n’ai pas pu skier (pour des raisons connues). Du coup, je dirais les Anglo-Swiss où j’ai eu la chance d’y participer l’année passée. J’aime beaucoup les traditions et là je me suis retrouvé dans une tradition Suisse mais aussi anglo-saxonne (qui est d’ailleurs proche de la culture états-unienne). Lier ces deux mondes, représente beaucoup moi. Du coup j’ai eu énormément plaisir de participer aux Anglo-Swiss.

Un petit regard sur l'avenir : que pouvons-nous attendre d'autre de toi cette saison ?

Beaucoup de surprises… J’espère qu’on pourra peut-être fêter, à la fin de l’année, tous ensemble sur les pistes, ça serait très sympa.


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